Départ: Il est des départs qui se savourent comme un cadeau sous le sapin, et leur dégustation commence, lointaine, par l’expectative. Il s’agit des départs en vacances, et pour certains, sont de ceux qu’on déballe, sans fard, à l’aéroport, égrenant les minutes qui nous séparent de Bora-Bora, ou de l’île aux cochons.
Tous les goûts sans dans la nature, ô tolérant lecteur.
D’aucuns ne sont pas aussi plaisants. Il est des départs en routine, des voyages dont on ne perçoit plus le charme à force de répétition et de ceux-là, hélas, le quotidien en sait fournir une bonne plâtrée; ce qui était une aventure, devient immanquablement une coche de plus dans un agenda élimé.
D’autres encore, se dégustent, mais à l’envers. On les aperçoit, sur l’horizon temporel, comme une primesautière cession de torture chez le dentiste, ou la délicieuse visite d’une parente abhorrée. Pareils aux vagues, semblables départs sont aussi inévitables que les impôts, mais moins amènes.
Selon le 3ème théorème de Melun-Trotzdème-Barry ( Télesphore Barry, spécialiste en statistiques improbables à l’institut Boîtes à Moustache Youpi! de Doel et auteur du best-seller Dissection, taxidermie et statistiques: au pinacle de trois passions, éditions apprendre en s’amusant, Hachette jeunesse.), la douleur d’un départ est proportionnelle au plaisir précédant celui-ci.
Grâce à un déguisement imparable de Salameche ( Pokémon de type feu), un stagiaire anonyme ( car stagiaire) a réussi à se procurer le protocole de l’expérience menée par les trois hardis chercheurs:
- Vingt-quatre étudiants.
- une soirée au Pacha à Ibiza.
- Une barmaid capable de préparer des Ingénieux et des Long Island Ice tea.
- 70 bouteilles de Whisky Macallan 1926.
- Un jet privé affrété pour partir de la-dite cité espagnole.
- 300 sacs pour le mal de l’air en papier double épaisseur.
- Départ 03h00 du matin. Destination Beauvais.
- Visite aurorale du cimetière militaire de Beauvais. ( 05h30 du matin)
- L’expérience aura lieu le 14 novembre.
Les résultats, comme chacun le sait, ont provoqué une certaine sensation dans la communauté scientifique.
La question, invariable, qui surgit, est de savoir si la douleur d’un départ est justifiée par le plaisir qui le précède.
Les plus timorés choisiront sans doute la voie insipide: s’éviter la mélancolie par l’indifférence. C’est là à la portée de la première ophiure venue.
D’autres, masochistes, justifieront cette douleur diffuse des départs par le bonheur qui les précèdent.
La réponse, lecteur à la patience d’airain, est laissée à la discrétion de chacun.
Émétoaérosagophilie: L'humanité est toujours pleine de surprises. Parfois plaisantes, mais pas toujours.
Gris de Lima
jeudi 15 septembre 2016
vendredi 1 janvier 2016
Chroniques d'un décembre sur le fil affilé
Inconnu: qui va de la rétine de l'oeil jusqu'aux confins du vaste de monde selon certains, et aussi de la rétine de l'oeil jusqu'aux tréfonds du cerveau pour d'autres. L'inconnu provoque toujours des réactions fort contrastées chez le commun. La première est souvent la peur. C'est une réaction des plus naturelles, car les sapiens dépourvus de peur de l'inconnu n'ont souvent pas eu l'insigne honneur d'enfanter.
Toutefois, lorsque l'homme choisit de passer outre cette peur, on peut obtenir la découverte du feu, de terres vierges et de l'accordéon, ce qui confirme bien que toutes choses ne sont pas bonnes à connaître.
Le saut dans l'inconnu peut provoquer l'inconfort, mais il est un fait indéniable, ô lecteur épris de vastes horizons: si tu sautes assez souvent dans l'inconnu, il finira par te faire l'effet d'un trampoline.
N'oublie pas, cependant, la merveilleuse leçon de Piotr, cacique des saltimbanques : lorsqu'on saute, il faut toujours garder les yeux ouverts. Sinon, tu risques de te manger ta propre rotule à l'atterrissage.
Te voilà muni, ô lecteur, du seul conseil indispensable. Chausse tes basanes et ton costume de scène: le merveilleux trampoline n'attend que toi.
Toutefois, lorsque l'homme choisit de passer outre cette peur, on peut obtenir la découverte du feu, de terres vierges et de l'accordéon, ce qui confirme bien que toutes choses ne sont pas bonnes à connaître.
Le saut dans l'inconnu peut provoquer l'inconfort, mais il est un fait indéniable, ô lecteur épris de vastes horizons: si tu sautes assez souvent dans l'inconnu, il finira par te faire l'effet d'un trampoline.
N'oublie pas, cependant, la merveilleuse leçon de Piotr, cacique des saltimbanques : lorsqu'on saute, il faut toujours garder les yeux ouverts. Sinon, tu risques de te manger ta propre rotule à l'atterrissage.
Te voilà muni, ô lecteur, du seul conseil indispensable. Chausse tes basanes et ton costume de scène: le merveilleux trampoline n'attend que toi.
mardi 8 décembre 2015
chroniques d'un décembre d'abondance
Mot: Qui est à la communication ce que le trombone est à bureautique: on en a toujours besoin et on ne sait jamais où sont ceux que l’on cherche. Et tout comme les humbles trombones, les mots peuvent être déformés jusqu’à perdre leur identité.
Le regretté Paul Melun, dans son incontournable: De Bumplitz à Bellegarde avec un raton laveur sous stéroïdes et trois linguistes Hmong: une étude sur la patience ( 1992, éditions de l’université de Blois, Blois) , a établi quelques catégories propres à dératiser les esprits des idées reçues. Il est intéressant de noter que l’intarissable philosophe aimait l’analogie culinaire jusqu’au dégoût.
Lecteur sensible, te voilà averti.
Mots basiques: la catégorie comprend les et, les ou, les où ( mais pas les houx, ni les roux, dieu me garde) et tous les nombres de un jusqu’à l’infini et au-delà ainsi que les couleurs perçues par les daltoniens les plus fervents.
Le sel et le sucre, inévitables et par souvent trop sollicités par les cuisiniers de médiocre qualité, jusqu’au diabète ou les problèmes rénaux. Les éviter parfaitement, en revanche tient d’un fandango mental qui ferait passer le trépassé Perec pour un cruciverbiste incompétent.
Mots continents: Ce sont des mots si grands qu’ils peuvent tout contenir: des souvenirs d’enfance, un premier baiser dans la cours de l’école, le premier chagrin, la première défaite, l’ultime victoire. N’importe quel explorateur du dimanche peut y planter son drapeau, qu’il soit biscayen, portugais et même viking. Ketchup, moutarde, beurre et mayonnaise. On peut en mettre partout.
Même sur la raclette.
Pire encore, ils provoquent l’accoutumance. Amour, justice, liberté, tragédie, dieu, destin, et l’indéboulonnable vérité.
Bien souvent l’arme secrète du Chef paresseux et vénal, qui sait qu’il ne prend pas beaucoup de risques en en assaisonnant tous ses plats. Des mots catins, victimes dévoyées du manque d’imagination, qui n’ont de saveur pour nos papilles atteintes d’agueusie qu’en doses vomitives.
Ô lecteur, gourmet parmi les gourmets, je t’enjoins à les savourer du bout de la langue, en en étudiant vraiment l’arôme.
Mots timides: S’il est vrai que tout mot peu l’être, ceux-là le sont souvent à dessein, sombre s’il en fût. E-112, Ajinomoto, et autres émulsifiants. Ce sont des mots que dédaignerait une fouine poussée dans ses derniers retranchements, mais dont abusent les chefs les plus vicieux, spécialistes des papilles de bois, afin de s’assurer que leurs plats soient totalement dépourvus du moindre goût : regrettable, responsabilité, synergie, rallier et autres unilatéralement. Tous possèdent des synonymes, certains au goût de musc et d’autres au goût de miel, mais comme le disait l’anonyme chasseur de sorcières ( et qui tient à le rester) Vaut mieux un petit amen au deuxième rang qu’un grand oui au premier…On ne sait jamais, vous savez.
Mots Koalas: Ce sont tous ces mots, relativement rares, qu’on est en droit d’aimer, ou pas, c’est selon. Amarante, réticule, gésier, barbacane, vêpres et autres cowaboungas. Souvent une question de parcimonie et prodigalité: Vanille, canelle, menthe poivrée, noix de muscade et aulx ; plus souvent encore, une question de compatibilité.
Une minute de silence pour le premier chef qui tenta l’inoubliable coulis de caramel sur huîtres. Erreur, oui, mais pourvue de saveur.
Ô lecteur aventureux , je te laisse deviner laquelle.
Mots Divas: ceux qui ne peuvent sortir seuls. Ils ont besoin de certains contextes. En leur absence, ils sont aussi incongrus qu’un samouraï dans un fest noz. Etancher et soif, attirer et chaland, alerte et vieillard ( il n’est pas question ici de canicule). Comme la double crème de gruyère ou les airelles, ils ont leur place, malheur à celui qui leur manque de respect.
Gros Mots: Erudit, parmi les érudits, je te fais confiance. Ton savoir commence où s’achève la décence. Tout le monde a besoin d’un peu de poivre de temps à autre.
Mots précieux: Plus encore que les mots koalas, à n’utiliser qu’en pincées comptées. aji panka, pili-pili, mirchi et safran. Nous entrons ici dans les hautes sphères à l’atmosphère lexicale raréfiée, où chancellent les correcteurs automatiques. C’est l’heure des hyalin, alliciant, reps et étranges obsidionaux. Les Fugus de la langue. A la louche pour les pédants, il est conseillé d’en user qu’en cuillères à Moka et avec les aliments idoines.
Comme le disait si bien un fin cuisinier d’origine créole: on peut faire un excellent repas de restes et de beurre, nul besoin de raffinement si vous avez le coup de poignet et de bons assistants. ( A. Dumas, 1844)
Et enfin lecteur, ô frère gourmet, quelques délicieux amuse-gueules d’excellente cuisine à la française:
“Et tout à coup ce fut le silence. Et tout à coup, à l’ombre des longues branches chargées d’épines, il y eut, couronnées de crinières, deux formes inertes: le corps d’un homme et le corps d’un lion. A leur côté, une petite fille se tenait sans mouvement.“
Joseph Kessel, Le Lion,1958.
“L’encre coule, le sang se répand, la feuille buvard
Absorbe l’émotion, sac d’images dans ma mémoire.“
IAM, demain c’est loin, 1998.
“La nuit ne tombe pas sur la mer. Du fond des eaux, qu'un soleil déjà noyé noircit peu à peu de ses cendres épaisses, elle monte au contraire vers le ciel encore pâle. Un court instant, Venus reste solitaire au-dessus des flots noirs. Le temps de fermer les yeux, de les ouvrir, les étoiles pullulent dans la nuit liquide.“
Albert Camus, La mer au plus près, 1953.
“Depuis une bonne heure, Mademoiselle Lilas avait entrepris de transformer Oscar Wilde en une aguichante prostituée, couvrant l’extravagant jeune homme de jupons, de plumeries diverses et variées, apposant mille couleurs autour de ses yeux et de ses lèvres : du bleu vif, du rouge automnal, différents roses pour les joues.
« Par saint Georges ! » hurla Arthur quand un violent frisson, dû au café soi-disant florentin, secoua tout son corps. « Cette boisson est divine !
— N’en abusez pas... », lui murmura à l’oreille Mademoiselle Hué, dont l’accent hongrois et rocailleux avait quelque chose d’étonnamment bestial, «... sinon, dernière goutte pipi faire trou dans botte.“
Thomas Day, l’instinct de l’équarrisseur, 2002.
L’essentiel est toujours de bien choisir une diète diversifiée et céder à ses pêchés mignons. Bafre des mots sans crainte, vorace lecteur.
Celui qui en abuse finit toujours par acquérir du goût, et aucun homme de goût ( ni femme, depuis le concile de Mâcon, hélas.) ne peut-être tout à fait mauvais.
Le regretté Paul Melun, dans son incontournable: De Bumplitz à Bellegarde avec un raton laveur sous stéroïdes et trois linguistes Hmong: une étude sur la patience ( 1992, éditions de l’université de Blois, Blois) , a établi quelques catégories propres à dératiser les esprits des idées reçues. Il est intéressant de noter que l’intarissable philosophe aimait l’analogie culinaire jusqu’au dégoût.
Lecteur sensible, te voilà averti.
Mots basiques: la catégorie comprend les et, les ou, les où ( mais pas les houx, ni les roux, dieu me garde) et tous les nombres de un jusqu’à l’infini et au-delà ainsi que les couleurs perçues par les daltoniens les plus fervents.
Le sel et le sucre, inévitables et par souvent trop sollicités par les cuisiniers de médiocre qualité, jusqu’au diabète ou les problèmes rénaux. Les éviter parfaitement, en revanche tient d’un fandango mental qui ferait passer le trépassé Perec pour un cruciverbiste incompétent.
Mots continents: Ce sont des mots si grands qu’ils peuvent tout contenir: des souvenirs d’enfance, un premier baiser dans la cours de l’école, le premier chagrin, la première défaite, l’ultime victoire. N’importe quel explorateur du dimanche peut y planter son drapeau, qu’il soit biscayen, portugais et même viking. Ketchup, moutarde, beurre et mayonnaise. On peut en mettre partout.
Même sur la raclette.
Pire encore, ils provoquent l’accoutumance. Amour, justice, liberté, tragédie, dieu, destin, et l’indéboulonnable vérité.
Bien souvent l’arme secrète du Chef paresseux et vénal, qui sait qu’il ne prend pas beaucoup de risques en en assaisonnant tous ses plats. Des mots catins, victimes dévoyées du manque d’imagination, qui n’ont de saveur pour nos papilles atteintes d’agueusie qu’en doses vomitives.
Ô lecteur, gourmet parmi les gourmets, je t’enjoins à les savourer du bout de la langue, en en étudiant vraiment l’arôme.
Mots timides: S’il est vrai que tout mot peu l’être, ceux-là le sont souvent à dessein, sombre s’il en fût. E-112, Ajinomoto, et autres émulsifiants. Ce sont des mots que dédaignerait une fouine poussée dans ses derniers retranchements, mais dont abusent les chefs les plus vicieux, spécialistes des papilles de bois, afin de s’assurer que leurs plats soient totalement dépourvus du moindre goût : regrettable, responsabilité, synergie, rallier et autres unilatéralement. Tous possèdent des synonymes, certains au goût de musc et d’autres au goût de miel, mais comme le disait l’anonyme chasseur de sorcières ( et qui tient à le rester) Vaut mieux un petit amen au deuxième rang qu’un grand oui au premier…On ne sait jamais, vous savez.
Mots Koalas: Ce sont tous ces mots, relativement rares, qu’on est en droit d’aimer, ou pas, c’est selon. Amarante, réticule, gésier, barbacane, vêpres et autres cowaboungas. Souvent une question de parcimonie et prodigalité: Vanille, canelle, menthe poivrée, noix de muscade et aulx ; plus souvent encore, une question de compatibilité.
Une minute de silence pour le premier chef qui tenta l’inoubliable coulis de caramel sur huîtres. Erreur, oui, mais pourvue de saveur.
Ô lecteur aventureux , je te laisse deviner laquelle.
Mots Divas: ceux qui ne peuvent sortir seuls. Ils ont besoin de certains contextes. En leur absence, ils sont aussi incongrus qu’un samouraï dans un fest noz. Etancher et soif, attirer et chaland, alerte et vieillard ( il n’est pas question ici de canicule). Comme la double crème de gruyère ou les airelles, ils ont leur place, malheur à celui qui leur manque de respect.
Gros Mots: Erudit, parmi les érudits, je te fais confiance. Ton savoir commence où s’achève la décence. Tout le monde a besoin d’un peu de poivre de temps à autre.
Mots précieux: Plus encore que les mots koalas, à n’utiliser qu’en pincées comptées. aji panka, pili-pili, mirchi et safran. Nous entrons ici dans les hautes sphères à l’atmosphère lexicale raréfiée, où chancellent les correcteurs automatiques. C’est l’heure des hyalin, alliciant, reps et étranges obsidionaux. Les Fugus de la langue. A la louche pour les pédants, il est conseillé d’en user qu’en cuillères à Moka et avec les aliments idoines.
Comme le disait si bien un fin cuisinier d’origine créole: on peut faire un excellent repas de restes et de beurre, nul besoin de raffinement si vous avez le coup de poignet et de bons assistants. ( A. Dumas, 1844)
Et enfin lecteur, ô frère gourmet, quelques délicieux amuse-gueules d’excellente cuisine à la française:
“Et tout à coup ce fut le silence. Et tout à coup, à l’ombre des longues branches chargées d’épines, il y eut, couronnées de crinières, deux formes inertes: le corps d’un homme et le corps d’un lion. A leur côté, une petite fille se tenait sans mouvement.“
Joseph Kessel, Le Lion,1958.
“L’encre coule, le sang se répand, la feuille buvard
Absorbe l’émotion, sac d’images dans ma mémoire.“
IAM, demain c’est loin, 1998.
“La nuit ne tombe pas sur la mer. Du fond des eaux, qu'un soleil déjà noyé noircit peu à peu de ses cendres épaisses, elle monte au contraire vers le ciel encore pâle. Un court instant, Venus reste solitaire au-dessus des flots noirs. Le temps de fermer les yeux, de les ouvrir, les étoiles pullulent dans la nuit liquide.“
Albert Camus, La mer au plus près, 1953.
“Depuis une bonne heure, Mademoiselle Lilas avait entrepris de transformer Oscar Wilde en une aguichante prostituée, couvrant l’extravagant jeune homme de jupons, de plumeries diverses et variées, apposant mille couleurs autour de ses yeux et de ses lèvres : du bleu vif, du rouge automnal, différents roses pour les joues.
« Par saint Georges ! » hurla Arthur quand un violent frisson, dû au café soi-disant florentin, secoua tout son corps. « Cette boisson est divine !
— N’en abusez pas... », lui murmura à l’oreille Mademoiselle Hué, dont l’accent hongrois et rocailleux avait quelque chose d’étonnamment bestial, «... sinon, dernière goutte pipi faire trou dans botte.“
Thomas Day, l’instinct de l’équarrisseur, 2002.
L’essentiel est toujours de bien choisir une diète diversifiée et céder à ses pêchés mignons. Bafre des mots sans crainte, vorace lecteur.
Celui qui en abuse finit toujours par acquérir du goût, et aucun homme de goût ( ni femme, depuis le concile de Mâcon, hélas.) ne peut-être tout à fait mauvais.
vendredi 20 novembre 2015
Chroniques d'un novembre à l'ombre de l'oiseau rokh
Argent: Placebo du bonheur. Parfois, ô lecteur, il existe des placebos au goût délicieux.
Tolérance: une des composantes du plus savoureux des cocktails. Archibald Trotzdème, l’infant du Disco Fever, le décrit fort bien dans son inévitable Mil breuvages et un café désespéré ( éditions apprendre, partager, disséquer, Agdam, 1983) :
- Trois onces de tolérance. Bien remuer. Glaçons. Deux onces de curiosité… Comment ça à la cuillère ou au shaker? C’est une vraie question?
Quoi qu’il puisse t’arriver n’oublie pas la curiosité.
Ce serait comme de boire du gin sans tonic, du chocapic sans lait, pire encore, ce serait consommer du Fernet Branca tiède, abandonné au soleil de midi dans un misérable gobelet en plastique.
Oui, lecteur, curieux parmi les curieux, tolérance sans curiosité n’est rien d’autre qu’une paresse, enrobée du plus insipide des glaçages: l’auto-complaisance.
Brâme: Cri que partagent les cervidés lors de la période du rut et les voitures aux enjoliveurs chromés, aux flammes improbables et aux ailerons risibles.
Tolérance: une des composantes du plus savoureux des cocktails. Archibald Trotzdème, l’infant du Disco Fever, le décrit fort bien dans son inévitable Mil breuvages et un café désespéré ( éditions apprendre, partager, disséquer, Agdam, 1983) :
- Trois onces de tolérance. Bien remuer. Glaçons. Deux onces de curiosité… Comment ça à la cuillère ou au shaker? C’est une vraie question?
Quoi qu’il puisse t’arriver n’oublie pas la curiosité.
Ce serait comme de boire du gin sans tonic, du chocapic sans lait, pire encore, ce serait consommer du Fernet Branca tiède, abandonné au soleil de midi dans un misérable gobelet en plastique.
Oui, lecteur, curieux parmi les curieux, tolérance sans curiosité n’est rien d’autre qu’une paresse, enrobée du plus insipide des glaçages: l’auto-complaisance.
Brâme: Cri que partagent les cervidés lors de la période du rut et les voitures aux enjoliveurs chromés, aux flammes improbables et aux ailerons risibles.
vendredi 2 octobre 2015
Chroniques d'un octobre de libellules et d'espoirs
Cité :Nul n'a mieux résolu ce paradigme qu'Archibald Trotdzème, l'arpenteur de
lieux, le capitaine de la Mecca, l'archange du Tresor, le batelier du
Watergate: l’esprit humain est un objet des plus curieux.
Semblable en beaucoup de points aux cités, ses murs sont de raison et ses meurtrières, d’expérience.
En état de siège permanent pour celui qui ferme ses portes à la nuit tombée, craignant ce qui pourrait pénétrer dans sa tête, ravager les places bien ordonnées de son quotidien, piétiner les parterres de ses jardins bien pensants.
Certains esprits sont cités aux murs revêches, aux gardes méfiants et proprets, aux fontaines immaculées, auxquelles nul ne s’étanche. Les idées doivent y montrer patte blanche, afficher leur qualité d’étrangères, porter crécelles, étoiles, voiles et passe-droits.
D’autres sont cités de carnaval, assemblage incessant de tentes, aux pavés de poussière, aux places bruyantes, aux faces épanouies, aux cartes inexistantes. Esprits endossant ce qui tombe de toute table, changeant leurs couleurs au gré des vents, bouges catins vendant leur drapeau à l’encan.
Beaucoup sont des bourgades aimables, accueillant volontiers les idées étrangères à l’aune de leur fortune, aux maisons étroites, aux gardes souriants, parés de hallebardes bienveillantes.
Et oui, il est des cités qui se fuient elles-mêmes.
Des cités armées de périf's, des cités qui laissent glisser sur elles-mêmes les idées, comme la pluie sur la barbe d'un mineur auvergnat, imperméables au changement, comme à l'échange. Des cités abreuvées d'écrans, de néons, de twits, de chats, de blogs de spams, de buzz et d'or des fous. Sol Star et E.B Farnum en rient encore.
On le dit des vieilles cités, mais pas de toutes. Lyon, La Paz, Prague, ont su embarquer les futurs éons, sans oublier qui elles sont. D'autres s'oublient, comme un vieillard dans des couches discutables. Il n'est point de reproche possible. La vie s'en charge elle-même.
Il est des Jérusalem célestes, au tracé parfait, aux ruelles dépourvues d'ombre. Méfie-toi, lecteur, autant que de l'homme qui ne craint qu' un seul livre, car il n'est de pire lieu qu'un paradis hors de tes espérances. Les vitraux fixes ne laissent que peu de place à la dissidence, et moins encore à l'imaginaire.
Oui, lecteur, personne ne se souhaite une Brasilia embrasée de rêves étrangers, et moins encore une Babylone damée des aspirations d'autres. Entre héritage et nouveauté, à chacun venu, comme toujours, la découverte ou l'ignorance.
Semblable en beaucoup de points aux cités, ses murs sont de raison et ses meurtrières, d’expérience.
En état de siège permanent pour celui qui ferme ses portes à la nuit tombée, craignant ce qui pourrait pénétrer dans sa tête, ravager les places bien ordonnées de son quotidien, piétiner les parterres de ses jardins bien pensants.
Certains esprits sont cités aux murs revêches, aux gardes méfiants et proprets, aux fontaines immaculées, auxquelles nul ne s’étanche. Les idées doivent y montrer patte blanche, afficher leur qualité d’étrangères, porter crécelles, étoiles, voiles et passe-droits.
D’autres sont cités de carnaval, assemblage incessant de tentes, aux pavés de poussière, aux places bruyantes, aux faces épanouies, aux cartes inexistantes. Esprits endossant ce qui tombe de toute table, changeant leurs couleurs au gré des vents, bouges catins vendant leur drapeau à l’encan.
Beaucoup sont des bourgades aimables, accueillant volontiers les idées étrangères à l’aune de leur fortune, aux maisons étroites, aux gardes souriants, parés de hallebardes bienveillantes.
Et oui, il est des cités qui se fuient elles-mêmes.
Des cités armées de périf's, des cités qui laissent glisser sur elles-mêmes les idées, comme la pluie sur la barbe d'un mineur auvergnat, imperméables au changement, comme à l'échange. Des cités abreuvées d'écrans, de néons, de twits, de chats, de blogs de spams, de buzz et d'or des fous. Sol Star et E.B Farnum en rient encore.
On le dit des vieilles cités, mais pas de toutes. Lyon, La Paz, Prague, ont su embarquer les futurs éons, sans oublier qui elles sont. D'autres s'oublient, comme un vieillard dans des couches discutables. Il n'est point de reproche possible. La vie s'en charge elle-même.
Il est des Jérusalem célestes, au tracé parfait, aux ruelles dépourvues d'ombre. Méfie-toi, lecteur, autant que de l'homme qui ne craint qu' un seul livre, car il n'est de pire lieu qu'un paradis hors de tes espérances. Les vitraux fixes ne laissent que peu de place à la dissidence, et moins encore à l'imaginaire.
Oui, lecteur, personne ne se souhaite une Brasilia embrasée de rêves étrangers, et moins encore une Babylone damée des aspirations d'autres. Entre héritage et nouveauté, à chacun venu, comme toujours, la découverte ou l'ignorance.
dimanche 7 décembre 2014
Chroniques d'un décembre de cigognes qui font hohoho
Bonheur: palais d’innombrables seuils et huis, dont on partage tous le bail. Certaines de ses portes se nichent au fond des bocaux de pâte à tartiner et donnent sur des petites antichambres cossues et confortables, au parfum de noisette ou de marrons. D’autres, minuscules fenêtres nanties d’été, se dissimulent entre l’aluminium et le chocolat. Au coin des sourires, dans des draps enroulés aux pieds de lits, se trouvent des portes majeures, s'ouvrent sur des salons et des boudoirs, aux cheminées palpitantes, aux verandas ornées de jasmins et de mers exotiques. Ces chambres-là sont plus rares, mais une fois qu’on les visite, on ne les oublie pas. D’aucunes, gigantesques portails, donnent sur des salles de bal, tapissées de hochets et de biberons, de rires et d’échos de premiers pas.
Le palais compte bon nombre d’entrées de service, qui n’appartiennent qu' à ceux qui les goûtent: celles-là sont semées sur des bouts de trottoir, des fragments de sentier, au fond des baignoires et dans les poils des chiens, des chats, des chevaux, des fennecs.
Il en existe certainement sur les touches du piano, les cordes de la guitare, les pas du danseur et hélas! Les anches de l’accordéon.
Ces portes-là, dissimulées et obscures, sont difficiles à trouver et parfois difficiles à franchir. Ô lecteur, ne laisse jamais d’autres que toi en condamner l’entrée et ne condamne jamais celle des autres, car la co-propriété du bonheur est un droit inaliénable, au-même titre que la respiration et le prénom. Ne soit jamais trop prompt à juger la Schoïnopentaxophilie ou les amateurs de camembert dans le café, car comme le disait si bien Paul Melun:
- Le tacos est ma voie. Choisissez la votre.
Le bonheur demande du temps. Ne le perds pas à rire de celui-d’autrui, même s’il s’agit d’un accordéoniste.
Il y aura toujours des vendeurs de porte à porte, des démarcheurs, qui proposeront des huis d’installation facile, qui suggèrent d’éviter de chercher son entrée de service, de la troquer contre un seuil de contre-plaqué aux normes, standardisé selon les dernières avancées technologiques. Je ne peux que te conseiller la méfiance, ô sagace lecteur, car taylorisme et bonheur ne font pas souvent bon ménage et plus d’un acheteur a réalisé à ses dépens que ces portes-là, qui remplacent effort par profit, sous couvert de progrès, offrent des bonheurs aux finitions douteuses.
Il est du bonheur comme des caleçons après un marathon: il est essentiel de garder le sien et il est difficile de s’imaginer avec celui d’un autre.
Biberon: Objet essentiel si jamais il en fut, on est tout de même en droit de se demander à quoi bon le décorer de petits animaux arrondis. Le nourrisson, s’il en avait la possibilité, dirait sans doute:
- Soyons sérieux. Des girafes, vraiment? Je les vois pas, j’ai les mains dessus, et en plus il faudrait que je me paye la loucherie du siècle pour admirer leurs sourires maniques. Franchement, c’est pour vous qu’il y a des dessins, avouez-le.
vendredi 14 novembre 2014
Chroniques d'un novembre de kalongas sur canapé
Peur: Certains la voient bleue. C’est avant tout une méduse, qui flotte, languide, souple. Elle s’empare d’abord du bas-ventre. Ses filaments sont longs et vibrent sans cesse, provoquent des fourmis, mais pas du genre agréable, non. Ils alourdissent l’estomac, puis remontent, le long de l’oesophage, enserrent la gorge, montent jusqu’au cerveau, y déposent des oeufs de et si…
Elle fait transpirer, rance, trempe le front de sueur graisseuse, qui n’a aucun rapport avec l’effort. La respiration s’accélère. On s’en moque, trop occupés à lutter contre l’éclosion des conditionnels dans le fond du cervelet. Elle ne meurt pas, jamais, vraiment. Comme les sorbets d’une gelatteria, il en existe à tout les parfums et en toutes tailles:
Il y a la petite, fugace, à peine un spasme, lorsque le pas est trop près du vide.
Il y a celle, molle et puissante, qui pousse dans les ruelles la nuit, sur les pas en échos, dans les fourrés obscurs, au fond des placards et sous les lits des enfants.
Il y a l’espèce pernicieuse, qui naît des menaces et des non-dits, minuscule, mais aux filaments interminables, qui se prolongent dans le futur.
Et finalement, la reine de toutes, paralysante, au poison mortel pour l’âme. Celle qui vient avec le cercueil et le tombeau, le bonneteau du dernier seuil. On la porte en soi comme un kyste, qui chaque jour grandit un peu. Parfois, on l’oublie et cela se nomme bonheur, mais quand il nous abandonne, elle demeure, patiente. On lutte contre elle, toujours, on la nie, mais son reflet est dans les rides, sa cohorte défile sur l’écran de la télévision, vicieuse conspiration de miroirs, dans chaque accident, chaque attentat. On la contemple, fascinés comme le hérisson face au trente tonnes, l’oie au gavage. On la fuit mais elle nous colle aux semelles. On l’endort, mais sa face aveugle attend. Un vieillard défuncte: elle s’éveille truculente et nous ausculte les boyaux, retombe inerte, jusqu’au prochain décès, prête à nous rappeler le nôtre.
Oui, l’Irukandji de toutes les trouilles: la peur de mourir.
Hôtel: Lieu où, en échange de valeurs sonnantes ou digitales, il sera fourni: une entrée sans paillasson, un lit sans mémoire, une chambre sans cuisine.
- Bienvenus chez moi!
Paul Erdös
Microcosme qui évoque le paquebot sans se déplacer, la prison sans les barreaux, l'hôpital sans les médecins et la garnison sans la diane. Il possède ses scélérats et ses héros, ses légendes et ses faits d'armes.
Comme beaucoup de théâtres de cette vaste et sublime comédie de l'existence, il possède la forme des icebergs et des fourmilières. Croyez-moi, cher lecteur, faites-vous ponériné ou pingouin, le temps d'une saison, afin de profiter pleinement des coulisses.
Là, se jouent des pièces à faire pâlir d'envie Corneille et Machiavel tout d'un et dont les intrigues feraient de Macbeth un livre d'heures d'une vieille dame pieuse.
Elle fait transpirer, rance, trempe le front de sueur graisseuse, qui n’a aucun rapport avec l’effort. La respiration s’accélère. On s’en moque, trop occupés à lutter contre l’éclosion des conditionnels dans le fond du cervelet. Elle ne meurt pas, jamais, vraiment. Comme les sorbets d’une gelatteria, il en existe à tout les parfums et en toutes tailles:
Il y a la petite, fugace, à peine un spasme, lorsque le pas est trop près du vide.
Il y a celle, molle et puissante, qui pousse dans les ruelles la nuit, sur les pas en échos, dans les fourrés obscurs, au fond des placards et sous les lits des enfants.
Il y a l’espèce pernicieuse, qui naît des menaces et des non-dits, minuscule, mais aux filaments interminables, qui se prolongent dans le futur.
Et finalement, la reine de toutes, paralysante, au poison mortel pour l’âme. Celle qui vient avec le cercueil et le tombeau, le bonneteau du dernier seuil. On la porte en soi comme un kyste, qui chaque jour grandit un peu. Parfois, on l’oublie et cela se nomme bonheur, mais quand il nous abandonne, elle demeure, patiente. On lutte contre elle, toujours, on la nie, mais son reflet est dans les rides, sa cohorte défile sur l’écran de la télévision, vicieuse conspiration de miroirs, dans chaque accident, chaque attentat. On la contemple, fascinés comme le hérisson face au trente tonnes, l’oie au gavage. On la fuit mais elle nous colle aux semelles. On l’endort, mais sa face aveugle attend. Un vieillard défuncte: elle s’éveille truculente et nous ausculte les boyaux, retombe inerte, jusqu’au prochain décès, prête à nous rappeler le nôtre.
Oui, l’Irukandji de toutes les trouilles: la peur de mourir.
Hôtel: Lieu où, en échange de valeurs sonnantes ou digitales, il sera fourni: une entrée sans paillasson, un lit sans mémoire, une chambre sans cuisine.
- Bienvenus chez moi!
Paul Erdös
Microcosme qui évoque le paquebot sans se déplacer, la prison sans les barreaux, l'hôpital sans les médecins et la garnison sans la diane. Il possède ses scélérats et ses héros, ses légendes et ses faits d'armes.
Comme beaucoup de théâtres de cette vaste et sublime comédie de l'existence, il possède la forme des icebergs et des fourmilières. Croyez-moi, cher lecteur, faites-vous ponériné ou pingouin, le temps d'une saison, afin de profiter pleinement des coulisses.
Là, se jouent des pièces à faire pâlir d'envie Corneille et Machiavel tout d'un et dont les intrigues feraient de Macbeth un livre d'heures d'une vieille dame pieuse.
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