vendredi 14 novembre 2014

Chroniques d'un novembre de kalongas sur canapé

Peur:  Certains la voient bleue. C’est avant tout une méduse, qui flotte, languide, souple. Elle s’empare d’abord du bas-ventre. Ses filaments sont longs et vibrent sans cesse, provoquent des fourmis, mais pas du genre agréable, non. Ils alourdissent l’estomac, puis remontent, le long de l’oesophage, enserrent la gorge, montent jusqu’au cerveau, y déposent des oeufs de et si…

Elle fait transpirer, rance, trempe le front de sueur graisseuse, qui n’a aucun rapport avec l’effort. La respiration s’accélère. On s’en moque, trop occupés à lutter contre l’éclosion des conditionnels dans le fond du cervelet. Elle ne meurt pas, jamais, vraiment. Comme les sorbets d’une gelatteria, il en existe à tout les parfums et en toutes tailles:

Il y a la petite, fugace, à peine un spasme, lorsque le pas est trop près du vide.

Il y a celle, molle et puissante, qui pousse dans les ruelles la nuit, sur les pas en échos, dans les fourrés obscurs, au fond des placards et sous les lits des enfants.

Il y a l’espèce pernicieuse, qui naît des menaces et des non-dits, minuscule, mais aux filaments interminables, qui se prolongent dans le futur.

Et finalement, la reine de toutes,  paralysante, au poison mortel pour l’âme. Celle qui vient avec le cercueil et le tombeau, le bonneteau du dernier seuil. On la porte en soi comme un kyste, qui chaque jour grandit un peu. Parfois, on l’oublie et cela se nomme bonheur, mais quand il nous abandonne, elle demeure, patiente. On lutte contre elle, toujours, on la nie, mais son reflet est dans les rides, sa cohorte défile sur l’écran de la télévision, vicieuse conspiration de miroirs, dans chaque accident, chaque attentat. On la contemple, fascinés comme le hérisson face au trente tonnes, l’oie au gavage. On la fuit mais elle nous colle aux semelles. On l’endort, mais sa face aveugle attend. Un vieillard défuncte: elle s’éveille truculente et nous ausculte les boyaux, retombe inerte, jusqu’au prochain décès, prête à nous rappeler le nôtre.
Oui, l’Irukandji de toutes les trouilles: la peur de mourir.


Hôtel: Lieu où, en échange de valeurs sonnantes ou digitales, il sera fourni: une entrée sans paillasson, un lit sans mémoire, une chambre sans cuisine.

- Bienvenus chez moi!

                                 Paul Erdös

Microcosme qui évoque le paquebot sans se déplacer, la prison sans les barreaux, l'hôpital sans les médecins et la garnison sans la diane. Il possède ses scélérats et ses héros, ses légendes et ses faits d'armes.
Comme beaucoup de théâtres de cette vaste et sublime comédie de l'existence, il possède la forme des icebergs et des fourmilières. Croyez-moi, cher lecteur, faites-vous ponériné ou pingouin, le temps d'une saison, afin de profiter pleinement des coulisses.
Là, se jouent des pièces à faire pâlir d'envie Corneille et Machiavel tout d'un et dont les intrigues feraient de Macbeth un livre d'heures d'une vieille dame pieuse. 

vendredi 28 mars 2014

Chroniques d'un mars de gollums et comtés

Responsabilité: vasque dont la fonction est de permettre à chacun de s'y laver les mains. Il est important de s'y prendre rapidement car personne ne se charge de changer l'eau.

Grotesque: Courant artistique aussi ancien que pérenne, et qui peut, de surcroît, se targuer d'universalité. Il se caractérise par un improbable mélange d'affreux et de ridicule.

Parmi ses réalisations les plus connues, on peut citer les guerres, l'accordéon et oui, la macarena.

Voter: exercer son droit au choix.

Selon les conclusions tragiques du colloque de Valdeluz ( 2011), marquées par le décès du professeur Hubert Joule et la détention pour homicide volontaire à l'aide d'un objet contondant ( un furet empaillé) du pourtant prometteur chercheur Stanislas Mel, le vote n'est pas un choix. Le professeur Joule, à quelques minutes d'être percuté par le fatidique rongeur, prononça la phrase qui allait être mère de tant de perplexités, et d'une commotion fatale:

- Quand tu va acheter du shampoing, tu prends celui dont t'as entendu parler, non?

Cher lecteur, n'oublie pas que si l'enfer est pavé de bonnes intentions, la paresse glisse bien souvent la pente: Celui qui vend en grosses lettres a très envie de vendre. Ce n'est pas un crime, sauf s'il vend de l'eau avec des grumeaux de jasmin et pas du shampoing.
Que le brave Hubert Joule n'ait pas défuncté en vain: plus les lettres sont grosses, plus il est important de lire les petites.

mercredi 12 mars 2014

Chroniques d'un mars titubant hors du caveau

Extincteur: Objet entaché d'héroïsme ou arme létale de l'opportuniste, il est permis de questionner son choix de couleurs certainement paradoxal. Il peut être utile de noter qu'il est des expressions pouvant remplir métaphoriquement son rôle, dans les bourrasques torrides de l'existence:

- Mon amour, je mange mes crottes de nez depuis que j'ai âge de raison.

Ferdinand Terreplein, célibataire soudain.

Renier: Vouloir changer de masque à l'heure des trois coups.

Taxi:

1. Véhicule dont le nombre de roues varie de 1 jusqu'à l'infini et transforme le temps et l'espace en argent.

2. Individu qui conduit le dit véhicule.
Cher lecteur, une fois encore, rien ne serait possible sans les aussi vaillants qu' éphémères assistants de l'institut Melun II ( siège social établi à Romeldange). L'étude établie sur treize mois d'efforts et trois disparitions inexplicables, s'est déroulée simultanément sur cinq continents, dans dix-huit villes dont l'anonymat sera préservé. ( personne ne veut reproduire la manifestation de 1997, dite des mécontents de Choindez).

a. Le nerveux: Né sous le signe du ressort caféinomane, il entretient une relation de sadisme avec sa pédale de freins. Son niveau de communication n'est pas optimal et toute tentative d'établir un pidgin commun se heurte rapidement à des grommellements filtrant de ses dents scellées.
L'asphalte est sa patrie, la queue de poisson son hymne et son souhait secret, l'atomisation immédiate de tout conducteur qui descend en dessous de quatre-vingts.

b. Le barde: preuve vivante que Dieu joue vraiment aux dés ( et c'est n'est pas les simples dés à six faces, ni même les risibles dés à dix faces). Dans une autre vie, il a été professeur d'histoire de l'art/ anthropologue/ chirurgien de la rétine/trader.
L'asphalte est sa muse et son quatre portes son feu de camp. Le client émerveillé voit les mystères de l'univers dévoilés, sur fond de grésillements d'une radio agonisante, tandis que le poète nostalgique, les yeux embrumés d'un ailleurs, commente les métamorphoses d'Ovide. Il n'est pas certain que vous arriverez à bon port, ni même à mauvais port, mais comme il vous le fera remarquer, nonobstant les exigences triviales du quotidien, l'important n'est pas le but mais le chemin qu'on prend pour y parvenir.

c. Le spécialiste: bavard impénitent,  ses quatre sièges de cuir troué sont sa chaire. Ami lecteur, prends garde! Tu n'es pas dans une situation de discutio scolastique, il faut écouter et approuver. La démocratie est une aberration? Certainement. Le droit de vote des femmes devrait être révoqué? Voilà une idée intéressante.
Il est généralement docteur en sciences politiques et maître de chapelle en football. Exerce ta capacité à la surdité sociale, ô lecteur endurant, sous peine de te voir débarqué à un carrefour, loin de tes pénates.

N'oublie pas que seuls les héros livrent des batailles désespérées et qu'il est peu de matières aussi périssables que les héros. Si tu te sens pousser des envies de d'instruire et de convaincre, ne perds pas de vue le compteur et tes environs immédiats. Tu es plus précieux que Tocqueville et Béccaria, ô lecteur : tu respires encore.

jeudi 4 octobre 2012

Chroniques d'un octobre de pommes d'amour

Rupture: Accouchement d'une solitude.  Par péridurale ou césarienne, c'est selon. La période de gestation n'a pas d'importance. A la maternité des solitudes de Pripiat, il s'est vu des avortons naître après de dorés anniversaires de mariage et des demi-dieux spontanés, d'une seule nuit de baisers.

Brandy: on ne peut boire de brandy convenablement à moins d'avoir un pantalon en tweed et une douzaine d'invités( pourvus de boas, au moins un fume-cigarette, deux monocles et une canne-épée). Un cadavre dans le jardin d'hiver est le détail qui donnera à votre soirée une saveur vraiment inoubliable.
Toutes les autres façons de consommer ledit breuvage sont irrémédiablement out-of-fashion.
Qu'on se le tienne pour dit à l'heure de l'éclectisme à tous crins.





jeudi 16 août 2012

Chroniques d'un août de crachins soyeux

Prière: Espérance sans cran de sureté.  

Froid: Le froid est, sublime lecteur, l'une des grandes certitudes en cette vallée de larmes. Il existe des lieux où il ne se glisse qu'en voleur, des terres où il est aussi déplacé qu'un forain hargneux dans une Bar Mitzvah, mais nulle part, Mr. Frimas doit fournir de carte de séjour.
 Il est des froids francs du collier, secs et cassants, de fronts glacés et cieux lavés à l'eau de javel. D'autres, soudains orchestres de rafales en plein été, brisent le délicat farniente à renfort de timbales givrées. Beaucoup sont considérés avec appréhension, à travers la longue vue du calendrier, tandis qu'ils s'avancent, inexorables comme la marée, parés d'écume de moufles, caches-oreille et bouillottes aux motifs écossais. Certains, serpents flasques, détrempés de froides pluies, plantent leurs crocs grisâtres au plus profond des os. De tous, ceux-là sont les plus sournois et les plus difficiles à dérouter.
Affronter le froid est pour certains un plaisir qui se trouve à la frontière diffuse de la douleur: un face à face avec les éléments, et la certitude d'avoir du sang dans les veines. Pour d'autres, il s'agit simplement de douleur sans détours ni états d'âme romantiques.
Pour beaucoup, un combat monotone contre un ennemi inlassable.
Il existe deux solutions expérimentées par l'immortel Paul Melun, lors de sa retraite au Parc la Grange ( abruptement interrompue au bout de trente heures par des forces de police, sourds à l'appel de la nature lancé par ce grand esprit et fervent adepte de la nudité sous toutes latitudes.), qu'il relate dans son ouvrage académique: De l'entrecôte de yorkshire: une expérience. ( Apprendre en s'amusant, presses universitaires de Blois, Blois, 1982)

1. L'hibernation: idéal pour ceux qui considèrent le sommeil comme un plaisir absolu. Afin de se préparer à ce grand somme, envisager des réserves conséquentes de chocolat et un bouchon. Pourquoi un bouchon? Voilà, noble lecteur, le principal désavantage de ce merveilleux conte d'hiver.

 2. La migration: fuir les froidures, jusqu'à en oublier le sens du mot mitaine. Hélas, les oies et les bernaches nonnette n'ont us de bagages et autres visas. L'humain, condamné par nature à ramper, devra fournir une garde-robe élégante et oui, un porte-feuille conséquent. Il n'est néanmoins pas question, ici, de bouchon.

Lecteur frileux, que tu soies l'hirondelle ou le grizzly, il n'est pas de paradis sans purgatoire, ni de pull de la nativité qui soit acceptable. Alors, à chacun, l'hiver venu, la découverte ou l'ignorance.

lundi 26 mars 2012

Chroniques d'un mars de toges et poignards

Envers: Qui pose problème quand c'est à l'endroit. L'envers n'est pas l'opposé, ô sagace lecteur, mais l'arrière-cour où se cachent les chaussettes dépareillées de l'existence, les caleçons sales et oui, les t-shirts risibles et délicieux de l'enfance.Peuplé de chimères, licornes, monstres sous le lit, étranges encapuchonnés, sosies d'Elvis et hélas, clowns, ses décors feraient pâlir d'envie George Lucas et Walter Elias Disney.
Sa porte est faite de pudeur pure et rares sont ceux à qui l'on autorise notre envers. D'autres, en revanche, ont l'huis béant et l'envers à tout vents, qui se déverse, collant comme de la vieille bière, sur tout et sur tous ceux qui n'en demandaient pas tant.
Il est des envers en antichambres successives, d'autres vastes comme des terrains de rugby, d'autres enfin construits avec soin, pour dissimuler aux yeux mêmes de leurs créateurs, les détails insidieux qui horripilent. Ce qui est certain, c'est que chacun, de l'accordéoniste au joueur de pipeau, possède un envers, petit monde enclos derrière les pont-levis de son âme.
Oui, lecteur, même le plus triste des êtres, le plus sommaire des huissiers, le plus abject des voleurs à l'arraché, possède un envers qui contre-tout, est une réserve d'illusions, de mensonges et de rêves fabuleux.

jeudi 26 janvier 2012

Chroniques d'un janvier de néons et d'embruns

Supérette: C'est à l'espace commercial ce que le trombone est à la bureautique: Un objet discrètement indispensable. On est tellement proche du vendeur qu'on pourrait lui compter les points noirs sur le nez. Il a tout ce que l'humanité peut désirer, à condition de vouloir le payer et parfois le trouver. Il est des jours où dégotter une mozzarella fraîche ferait passer la quête du Saint Graal pour une visite chez le teinturier. Le vendeur, les yeux fixés sur un avenir radieux de chaînes de supérettes, applique le principe économique le plus simple du monde: vendre n'importe quoi, à n'importe quel prix, à n'importe quelle heure, à n'importe qui, par tous les moyens, hors l'extorsion.
Il est des guerres que le commun des mortels ignore, menées dans la paisible obscurité des samedis soirs, entre surhommes vissés à des tabourets derrière leurs caisses béantes d'ennui, regardant avec dévotion un épisode de chasse au sanglier dans le Languedoc, tandis que leurs clients peinent à trouver leurs poches et a fortiori leur monnaie.

- S'aferrer à ses rêves, ne jamais quitter le client des yeux et ne jamais faire crédit.
La voie des 7/ 24 roues, anonyme, éditions apprendre en s'amusant,1999, Blois


Il n'existe qu'une seule issue à ce Ragnarök du 7/7: Le chiffre ou la reconversion en salon de thé.