lundi 26 mars 2012

Chroniques d'un mars de toges et poignards

Envers: Qui pose problème quand c'est à l'endroit. L'envers n'est pas l'opposé, ô sagace lecteur, mais l'arrière-cour où se cachent les chaussettes dépareillées de l'existence, les caleçons sales et oui, les t-shirts risibles et délicieux de l'enfance.Peuplé de chimères, licornes, monstres sous le lit, étranges encapuchonnés, sosies d'Elvis et hélas, clowns, ses décors feraient pâlir d'envie George Lucas et Walter Elias Disney.
Sa porte est faite de pudeur pure et rares sont ceux à qui l'on autorise notre envers. D'autres, en revanche, ont l'huis béant et l'envers à tout vents, qui se déverse, collant comme de la vieille bière, sur tout et sur tous ceux qui n'en demandaient pas tant.
Il est des envers en antichambres successives, d'autres vastes comme des terrains de rugby, d'autres enfin construits avec soin, pour dissimuler aux yeux mêmes de leurs créateurs, les détails insidieux qui horripilent. Ce qui est certain, c'est que chacun, de l'accordéoniste au joueur de pipeau, possède un envers, petit monde enclos derrière les pont-levis de son âme.
Oui, lecteur, même le plus triste des êtres, le plus sommaire des huissiers, le plus abject des voleurs à l'arraché, possède un envers qui contre-tout, est une réserve d'illusions, de mensonges et de rêves fabuleux.

jeudi 26 janvier 2012

Chroniques d'un janvier de néons et d'embruns

Supérette: C'est à l'espace commercial ce que le trombone est à la bureautique: Un objet discrètement indispensable. On est tellement proche du vendeur qu'on pourrait lui compter les points noirs sur le nez. Il a tout ce que l'humanité peut désirer, à condition de vouloir le payer et parfois le trouver. Il est des jours où dégotter une mozzarella fraîche ferait passer la quête du Saint Graal pour une visite chez le teinturier. Le vendeur, les yeux fixés sur un avenir radieux de chaînes de supérettes, applique le principe économique le plus simple du monde: vendre n'importe quoi, à n'importe quel prix, à n'importe quelle heure, à n'importe qui, par tous les moyens, hors l'extorsion.
Il est des guerres que le commun des mortels ignore, menées dans la paisible obscurité des samedis soirs, entre surhommes vissés à des tabourets derrière leurs caisses béantes d'ennui, regardant avec dévotion un épisode de chasse au sanglier dans le Languedoc, tandis que leurs clients peinent à trouver leurs poches et a fortiori leur monnaie.

- S'aferrer à ses rêves, ne jamais quitter le client des yeux et ne jamais faire crédit.
La voie des 7/ 24 roues, anonyme, éditions apprendre en s'amusant,1999, Blois


Il n'existe qu'une seule issue à ce Ragnarök du 7/7: Le chiffre ou la reconversion en salon de thé.

vendredi 13 janvier 2012

chroniques d'un janvier de toits brûlants

Vague: Saute d'humeur de l'océan. Il existe des vagues taquines, qui vous surprennent tête en bas, d'autres qui se dissimulent sous les apparences benoîtes d'un embrun, celles qui annoncent la couleur d'entrée, poitrail haut, écume en dents de scie. Toutes sont de celles que l'on respecte. Ô lecteur, ne t'attends à aucune mansuétude de leur part, elles en sont dépourvues. N'attends pas de répit, elles l'ignorent. Leur crier boucle est inutile. Elle viendront, inexorables. Les éviter est parfois une voie, mais alors surgit la grande question:

- Si vous êtes là pour les éviter, caletez. Que foutez-vous dans l'océan?

Bud Gentleman Stud, colloque de Pacasmayo, 1997


Non, croyez-moi, il vaut mieux leur sourire de toutes ses dents et se laisser emporter par le courant. Car si la prochaine n'est pas la bonne, qui sait? Ce sera peut-être la suivante, qui vous entraînera jusqu'aux confins de la plage, les oreilles pleines de roulements, la bouche de sable, les yeux de sel.

lundi 26 décembre 2011

chroniques d'un décembre à l'ombre du totem de l'oie

Rancoeur: La vengeance du pauvre. En effet, si cette dernière est un glaive vicieux, à la lame dentelée, la rancoeur est sa copie en plastique taiwanais, dont la dangerosité (selon l'échelle du péril Melun-Trotzdème) se situe à 8,9 entre l'ours en peluche borgne (8,8) et la tasse de dinette standard Matel (9.0).
Son seul véritable intérêt, ô sagace lecteur, réside en le volume impressionnant de pathétique qu'elle exsude.


Dinde:
Lors des recherches qui devaient le mener à la ruine et à l'excommunication, le professeur Burette dédaignait bien souvent les rats comme cobayes, lui préférant les dindes:

- Je puis démontrer, à l'aide d'un trampoline, que la dinde est le vertébré souffrant du plus grand handicap cérébral de toute la création.

Meleagris gallopavo, une monographie, presses universitaires de Blois, Blois, 1963.

Il est certain, qu'à l'aide d'un protocole des plus pavloviens, il avait réussi à faire glouglouter good save the queen à plus de trente volatiles.
Toutefois, vorace lecteur, en cette période festive, il est des meilleures façons d'employer un dinde. Adoptant, une fois n'est pas coutume, l'argot de la guilde royale des rôtisseurs de Celles, je te souhaite une bonne bourre et, cela va sans dire, de bonnes fêtes.

jeudi 10 novembre 2011

Chroniques d'un octobre qui s'oublie dans son pantalon

Passionné: Qui connaît et parfois exprime son amour pour un sujet. Il est vain de préciser que dans ce mirifique brouet qu'est la vie, il existe autant de genres de passionnés que de maladies vénériennes dans une maison close tropicale.
D'une façon étrange, certaines lubies semblent mériter le respect, voire la distinction, alors que d'autres ne susciteront qu'un vague dégoût mêlé de hochements de tête et autres reniflements de dédain.
Il est certain que la société, pour une raison incompréhensible, accepte mieux ceux qui confessent être fous des orchidées plutôt que ceux qui avouent avoir pour marotte les collections de champignons. Oui, le monde est injuste avec les collectionneurs de cordes de pendus et autres notaphiles.
Grâce à l'axiome Gurguel-Trotzdème fruit du travail inlassable du groupe de recherche Pendez les philatélistes, il a été possible d'établir trois classes principales de passionnés, classés par ordres de dangerosité:

1. Ceux qui en parlent avec détachement, qui font part au monde de leur amour des mollusques dans la paix et peut-être, pour les spécimens les plus extraordinaires, un soupçon léger d'auto-dérision du meilleur ton en société.

2. Ceux qui en parlent trop et ne cessent de rapporter le monde entier à leur collection d'étiquettes de melon et qu'il convient de traiter avec précaution, en les aiguillant lentement vers le silence.

3. Ceux qui n'en parlent pas. Depuis des années, dans le silence d'une pièce obscure, ils alignent des soldats de plomb, croisent des poissons rouges, polissent des fèves de galette des rois. Si jamais tu viens à croiser la route d'un de ces individus, ô lecteur imprudent, rien ne te permettra de le différencier du commun des mortels si ce n'est un ton un peu pâle et un regard un peu trop fixe. Ce collectionneur-là, malgré sa ressemblance avec tout être bipède, appartient à une sous-espèce de murènes: enfoui sous un silence rocailleux, il attend. Répondant par monosyllabes, il économise ses forces. Jusqu'à l'instant précis où un triste malheureux commettra une erreur fatale:

- C'est drôle toutes ces épingles/timbres fiscaux/dés à coudre/poupées. Vous les collectionnez?

Non, lecteur, le lexicographe te conseille la plus grande des prudences. Il est des gouffres insondables dans l'âme humaine et ceux qui sont tapissés de cuillères, de couvercles de pots de crème ou même d'oursons en peluche sont les plus terribles d'entre eux.

vendredi 23 septembre 2011

Chroniques d'un septembre aux port sans attaches ni fanfreluches

Scénario: Réalité en théorie.
La théorie a ceci d'amusant, ò sagace lecteur, qu'elle s'arrête bien souvent à la porte d'entrée sur un ferme:

- Bon, en principe, c'est comme ça que ça se passe.

Avant de prendre un air pénétré et s'éloigner avec une inquiétante célérité lorsqu'elle voit débarquer le hasard et sa clique d'escamoteurs. Le scénario, lui se contente bien souvent de regarder le monde d'un ait légèrement dégoûté avant de conclure qu'il est terriblement désordonné. Chacun se rappelle la tragique expérience entreprise par le valeureux docteur Bobette, chef de file du courant dit des nihilistes d'Hollywood, qui décida, avec quelques fidèles, de vivre selon les préceptes de la petite maison dans la prairie.
Après trois suicides et un accident aux origines jusqu'à ce jour demeurées mystérieuses, mais qui incluaient un chapeau de paille, un pommier et trente mètres de corde, l'excellent chercheur dut se retirer de la scène publique, prononçant les mots qui encore à ce jour sont murmurés avec respect d'Heidelberg jusqu'à Princeton:

- J'avais averti tout le monde. Le chapeau de paille était obligatoire.

Oui, les scénarios sont plaisants et chaque homme, chaque femme ( depuis le concile de Trente, tout du moins) reçoit, à la naissance un paquet surprise de scénarios à appliquer à des situations bien précises de la réalité. Hélas, trois fois hélas, il est plus aisé de passer un licou à un glouton sous stéroïdes que d'appliquer un scénario à l'existence.
Toutefois, ô lecteur en paillettes, n'oublie jamais que malgré un scénario cahotant, une distribution des plus bâclées, des costumes fantaisie, des décors élimés, le spectacle continue et le parterre en est friand, alors sous les feux de la rampe, brille tant que tu peux, car si les bis sont rares, les lauriers le sont plus encore.

lundi 8 août 2011

Chroniques d'un août d'embruns mousseux

Dépourvu: Qui souffre d'une carence.

Ex: - Nous pouvons donc affirmer, d'une façon aussi certaine qu'irrévocable, que vous êtes dépourvu du plus petit soupçon d'esprit.

Gustave Tarin,  au colloque de philosophie équivoque de Old Goa, derniers mots intelligibles.

Il peut être intéressant de noter que dépourvu est un mot aux ressources insoupçonnées. Ainsi, associé au verbe prendre et à son comparse au, dans un numéro de claquettes qui ne lasse pas les foules, il prend un sens tout à fait amusant, qui rentre dans le registre inégalable du comique de situation. En effet, être pris au dépourvu est une des expériences humaines les plus riches en enseignements:

Ex: - Vite, Higgins! Les pingouins sont à nos trousses! Passez-moi votre sac de munitions!
      - Voilà, Général!
      - Allons, bon. Nous avons trois raves, une chaussette esseulée, un fromage corse, une reproduction de la naissance de Vénus, un hamster et trois tomes de l'Encyclopedia Britannica. Et les munitions?
     - J'ai été pris au dépourvu.
     - Courage, fuyons!

Cher lecteur, il est parfaitement inutile d'essayer de pallier cette situation. L'être humain ne peut rien contre le sens de l'humour du hasard. Essayer de s'en abriter est une excellente façon de donner à ce dernier les coudées franches afin de se montrer imaginatif en termes de représailles. Vous avez prévu un parapluie? Ce jour-là, il va grêler. De vous marier en août? Attention à l'oncle Oscar le nudiste. De partir en voyage aux Açores? Méfiez-vous des pluies de grenouilles.
Oui, ami sagace, le mieux encore, c'est de se préparer à tout moment passionnant d'un simple sourire aux lèvres et d'une épaule prête à être haussée, car c'est là deux choses dont on peu toujours être pourvu.